Quand la pensée veut être libre

Quand la pensée veut être libre

Tournage 2017 – Réalisation 2018
Vincent Boujon / Gilles Pastor

 

Tournage réalisé à la Maison d’Arrêt de Lyon-Corbas,
du 23 octobre au 3 novembre 2017, dans le cadre d’une action culturelle en milieu pénitentiaire porté par les Subsistances, Lyon.

À l’issu de cet atelier, la vidéo a été diffusée en mars en 2018 dans la Maison d’Arrêt de Lyon-Corbas et présenté aux Subsistances dans le cadre du WEEK_END SUR MARS 18.

Vidéo
2017 / 15 min. / couleur

Réalisation : Vincent Boujon et Gilles Pastor
Caméra et montage : Vincent Boujon
Texte : Racine, Phèdre
Avec
Wan Mø, La Chouette I.M, Mama, Zazou, Jessim, Djessim, Montessar H., Marwan, Mohamed, La Flèche, Flamby, Samoss

Photo Vincent Boujon

«Je n’appartiens à personne. Quand la pensée veut être libre,
le corps doit l’être aussi.»

Cette phrase est restée gravée dans mon corps et dans ma mémoire.

Cette parole que l’artiste Tebaldeo dit à l’arrogant Lorenzo dans la pièce Lorenzaccio d’Alfred de Musset est en moi depuis ma première année d’élève-comédien. C’était en 1982.

Le jeune Tebaldeo que j’étais apprenait mécaniquement ce texte de Musset ; je me souviens qu’apprendre un texte était alors un rituel physique, intellectuel et mental ; il nécessitait en moi cette triple concentration ; à l’égal du sportif ou d’un skieur, je me préparais à descendre ou à parcourir une ligne droite ; cette ligne était le texte qu’il me fallait apprivoiser et digérer.

Lorsque les Subsistances m’ont fait cette proposition d’atelier Théâtre et Vidéo en prison, cette phrase m’est revenue car avec la détention la parole de Musset prenait un nouveau sens.

Mon récent travail sur la pièce de Pier Paolo Pasolini Affabulazione (création 2014) avec une équipe d’acteurs et de footballeurs a rappelé en moi ce rituel physique, intellectuel et mental …

Mémoriser et apprendre un texte pour l’acteur peut devenir un exploit sportif ; parfois il s’agit même d’un combat, faire entrer en soi ce rythme imposé par l’écriture et faire de cette écriture son propre rythme.

Il y a aujourd’hui en France dans les Maisons d’Arrêt des salles de musculation accessibles pour les détenus. Dans la prison de Lyon-Corbas chaque détenu peut bénéficier de cette activité, trois fois par semaine, librement et sans coach sportif.

J’ai construit cet atelier Théâtre et Vidéo en détention autour de trois axes :

la musculation, un texte de théâtre et la notion de combat avec deux collaborateurs : Vincent Boujon, vidéaste et Mohamed Grami, coach sportif.

La réalisation de cette vidéo n’est pas le tournage d’un scénario mais le fruit d’un atelier de 2 semaines réalisé avec les détenus où le tournage des séquences faisait partie intégrante de notre projet ; nous avons convenus avec les détenus qu’aucun visage ne serait filmé et avec l’administration pénitentiaire que chacune séquence filmée ferait l’objet d’un contrôle.

L’image vidéo se concentre donc sur des morceaux de corps en travail et dans la pratique sportive en prison a été conditionnée également par l’administration pénitentiaire et le respect de l’anonymat.

Les paroles des détenus se mêlent aux vers de Racine. Leurs muscles se gonflent et les mots trébuchent; l’espoir vain de se libérer par la chair …