Jules et Jiles et Jeanne / un tourbillon

Jules et Jiles et Jeanne /
un tourbillon

Création 2021
François Truffaut / Gilles Pastor

Photo Vincent Boujon

Production en cours

Écriture de spectacle, mise en scène et scénographie : Gilles Pastor

D’après
le film Jules et Jim (1963) de François Truffaut,
le scénario de François Truffaut et Jean Gruault
et le roman d’Henri-Pierre Roché (Gallimard)

Avec : Alizée Bingöllü et Jean-Philippe Salério

Collaboration artistique : Catherine Bouchetal
Lumière : Yoann Tivoli
Musique : Sylvain Rebut-Minotti
Costumes : Clément Vachelard

Notes d’intention / Gilles Pastor
C’est à travers Jeanne Moreau que j’ai connu le film et le roman Jules et Jim,

Elle avait des bagues à chaque doigt,
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui, sitôt, m’enjôla.

On s’est connu en 2013.
Le 2 décembre, j’avais rendez-vous dans l’appartement parisien de Jeanne Moreau. Je lui proposais d’enregistrer la voix du Spectre de Sophocle dans la pièce Affabulazione de Pier Paolo Pasolini. Quelques jours plus tard, je venais la chercher pour la conduire au studio d’enregistrement de La FEMIS.
Avec elle dans le taxi mon affabulation commençait !
Affabulazione fut créé le 4 novembre 2014 au TNP de villeurbanne ; la voix de Jeanne Moreau traversait nos oreilles, réveillait et révélait nos mémoires.
Depuis cette rencontre et jusqu’à son décès à Paris le 31 juillet 2017, nous discutions ensemble, chez elle à Paris, par téléphone, par SMS.
Et puis un jour, les SMS et les appels téléphoniques ont cessé.
C’était en avril 2017.
Son mobile qui la reliait au monde extérieur était sorti définitivement de son quotidien.

Elle avait des yeux, des yeux d’opale,
Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l’ovale de son visage pâle
De femme fatale qui m’fut fatale
De femme fatale qui m’fut fatale …

Plus qu’un personnage de roman, Catherine-Jeanne Moreau s’impose dans le film Jules et Jim de François Truffaut comme une véritable héroïne de cinéma. Pour Jules, elle est une «reine», une icône devant laquelle on s’incline.
Le personnage de Catherine est une femme en constante représentation, qui aime être vue et entendue. Elle se travestit en homme, chante, saute dans la Seine : cet électron libre échappe aux règles machistes qu’énonce Jules et n’est satisfaite que lorsque les hommes se soumettent à ses désirs.
À l’image de sa chanson, elle est un véritable “tourbillon” qui remue tout sur son passage.
Plus nous discutions ensemble dans le salon de son appartement parisien square du Roule et plus je vadrouillais sur Google à la rencontre à rebours de cette actrice et de cette femme indépendante et libre.
Je la quittais à Paris et je la retrouvais sur internet.

Je me suis saoulé en l’écoutant
L’alcool fait oublier le temps
Je me suis réveillé en sentant
Des baisers sur mon front brûlant
Des baisers sur mon front brûlant …

 En 1962, François Truffaut adapte pour le cinéma le roman de Henri-Pierre Roché.
Jules (Oskar Werner), allemand d’origine, et Jim (Henri Serre) se rencontrent à Paris en 1912 et se lient rapidement d’amitié. Ils ont un intérêt commun pour la littérature, aiment jouer aux dominos et partagent leurs conquêtes féminines. La rencontre avec Catherine (Jeanne Moreau) est décisive. Avant que la Première Guerre mondiale ne les force à se séparer, Jules se marie avec Catherine qui élève leur petite fille Sabine. Après la guerre, Jim les rejoint en Allemagne dans leur chalet où ils vivent tous ensemble un amour libre loin des conventions morales.

Avec la chanson Le Tourbillon écrite par Serge Rezvani et mise en musique par Georges Delerue, François Truffaut « tourbillonne » autour de l’actrice Jeanne Moreau, il la place au centre de son film.

C’est parce qu’il vient d’apprendre la mort de son ami de jeunesse, en 1943, qu’Henri-Pierre Roché écrit les premiers mots de son chef-d’œuvre amoureux, Jules et Jim. Le roman est sorti chez Gallimard en 1953. L’auteur avait 74 ans. François Truffaut en déniche un exemplaire chez un bouquiniste. Il avouera plus tard que sa curiosité s’était aiguisée sur ce détail : c’était un livre de vieillard !

J’aime tous ces entrelacs, le roman, le film, le scénario, l’actrice Jeanne Moreau, la femme et moi au milieu, comme dans un tourbillon.

Jules et Jiles et Jeanne ne sera pas l’histoire d’un trio mais celle d’un duo en scène imaginant toutes les formules possibles (genres et sexes) du trio écrit par Henri-Pierre Roché et François Truffaut.
Avec le duo Alizée Bingöllü et Jean-Philippe Salério, femme et homme, je veux chercher à travers le chiffre 2 ce que le chiffre 3 nous propose, vers où il nous invite.
Que le chiffre 3 devienne mon cinéma et mon roman avec Jeanne Moreau, avec ce que j’ai connu d’elle et avec tout ce que je ne sais pas d’elle.
Rétablir le trio dans le titre : Jules et Jiles et Jeanne,
c’est avant tout rétablir le tourbillon, musicalement et scéniquement.

– Et puis il y a aussi cette voix qui est un piège, non ?
J.M. : La mienne ?
– Oui.
J.M. : Oui mais moi, je ne l’entends pas.
– La fascination ?
J.M. : … que ma voix provoque ?
– Oui. Est-ce que vous arrivez à expliquer ?
Vous en êtes consciente quand même ?
J.M. : On me le dit, mais je n’en suis absolument pas consciente quand je m’en sers. Vous vous rendez compte ! Alors là, si en plus de tous mes problèmes il fallait que je m’écoute parler ce serait terrible !
– Mais est-ce qu’il vous arrive d’en jouer ?
J.M. : De ma voix non ; je ne joue pas de moi-même. Pas du tout.
Quand je fais quelque chose, je le fais avec un total abandon ;
j’ai envie de plaire, bien-sûr, puisque ayant cette passion qui a fait de moi une comédienne, mon seul but c’est de plaire.
Mais je veux plaire sans … sans malhonnêteté, sans coquetterie, sans …
non pas tel que je suis, je ne veux pas m’imposer aux autres mais je voudrais devenir tel qu’ils me voudraient.

Jeanne Moreau au micro de Jacques Chancel :
Première Radioscopie, 9 septembre 1970