Frigos, Re-Création | Propos

Frigos, Re-Création

Propos

Copi, dessinateur, auteur, metteur en scène, acteur maigre comme un crayon, est mort du sida en 1987.
En 1983, quand il écrit Le Frigo, le fameux « cancer gay » est diagnostiqué en France. « L’épidémie du cancer gay », « Cancer gay : la contagion par le sang » titre Libération.
Il y a dans le rire de Copi et peut-être plus particulièrement dans cette pièce, un rire proche du désespoir.
L., (elle ou lui), le héros schizophrénique du Frigo, personnage entre deux âges et sexes, cherche une issue.
Un frigo a été livré au beau milieu de son salon et la mort pointe son nez.
L. déploie le jeu et le plaisir du jeu. Son théâtre est solitaire, masturbatoire, Il conduit à l’orgasme. Son théâtre, comme les pratiques sado-masos, se met en scène entre jeux de rôles et expérimentation des jouissances.

Tous ces corps exilés, ces chairs en transit, ces sexes en devenir ont conduit mon travail vers mon propre déballage intime.
En 1992 et 1996, quand j’ai tourné ces deux vidéos qui constituent le matériau de « Frigo de famille », j’étais loin d’imaginer qu’elles me seraient utiles dans un travail. Mon désir était de conserver de mon grand-père ce qui lui restait de vie. J’ai improvisé un tournage dans sa chambre où lui seul serait le sujet, il avait 88 ans et peut-être, ne comprenait-il pas ce que j’allais lui voler avec ma machine. J’ai choisi les images de ce grand-père aujourd’hui décédé dans cette expérience-vidéo pour la puissance affective que je leur confère.
Nos antiques peurs de la mort, de la maladie et de la vieillesse remontent à la surface.
L. invente le théâtre comme une conjuration. C’est l’énergie du désespoir. C’est un rythme infernal, libre.
Il faut vivre puisqu’à la fin, il faut mourir, dormir peut-être et rien de plus.

Gilles Pastor, 2003