Affabulazione | Propos

Affabulazione

Propos

En 1967, à la sortie de son film Oedipe-Roi, Pasolini déclare : «Ce film est autobiographique. Je raconte l’histoire de mon propre complexe d’Oedipe. Je raconte ma vie mystifiée, rendue épique par la légende d’Oedipe.»

Avec Affabulazione, Pasolini, poète et cinéaste, réinvente la tragédie grecque en concentrant l’action de cette fable autour du parcours initiatique du Père.
L’ombre de Sophocle plane sur l’écriture de ce long poème dramatique, elle plane sur le spectacle avec la voix de Jeanne Moreau. L’ombre de Sophocle et celle de Jeanne Moreau traversent nos oreilles et réveillent nos mémoires.

Nous ne sommes pas à Thèbes mais à Milan… ou dans le crâne du Père.
La famille royale a été remplacée par une famille bourgeoise, insolente de réussites.
Le Roi est devenu un Père-Patron, riche industriel milanais.
Le Père fait un rêve. Un éclat de vérité vient le transpercer, le transfigure et l’hypnotise.
Il est condamné à voir ce qui, jusque-là, était caché par le voile de la famille, de la réussite sociale et de l’ordre commun des choses.

Notre Théâtre est un terrain de football, un gazon synthétique, un pré, un terrain de jeu pour ce poème dramatique en 1 prologue, 8 épisodes et 1 épilogue, un espace vert, vide, entre jardins d’Eden et de Gethsémani.

Avec l’équipe de jeunes footballeurs sur scène, je réintroduis la présence du Choeur, comme dans la structure formelle de la tragédie grecque, personnage collectif et anonyme, témoins officiels ou conscience collective de Milan.

C’est «athlétique, physique, musculaire, technique, stylistique» dit Pasolini à propos du football.
Ce qui pourrait être la définition de son théâtre.

La figure du Père est dans Affabulazione un véritable terrain de jeu ; cette figure plane sur beaucoup de mes spectacles ; j’aime chez Pasolini sa complexité oedipienne !
Tout en ne voulant pas être père, tout en réclamant sa condition de fils, Pasolini finit par camper la figure d’un Fils immémorial qui bouleverse l’ordre linéaire de la descendance se situant en amont du père, dans un lieu originel où la figure du fils et du père se confondent.
Le Fils est regardé par le Père, observé, disséqué – à un moment il sera tué par le Père.
La caméra-vidéo zoome sur le corps du fils, rend visible cette dissection, cette observation de l’épiderme du jeune fils blond, cet étrange amour paternel.

Gilles Pastor