Tempête à 54° Nord | Extrait

Tempête à 54° Nord

Extrait

… Prospect Cottage, mercredi 9 août 2006,
Cher Derek Jarman,
Je suis à Prospect Cottage,
La bâtisse laquée noir aux fenêtres jaune canari.
Je dors dans ton lit.
La fenêtre de ta chambre n’a pas de volets.
Seul l’horizon limite ton jardin.
Il n’y a ni mur, ni barrière.
On peut traduire Prospect Cottage par Bellevue.
Aucune âme, des voitures passent.
Je suis dedans,
Je suis seul.
Je dors dans le lit de Derek Jarman.
Je dors dans le lit d’un mort.
Mon sommeil est traversé de veilles douloureuses.
C’est le soir que Prospect Cottage se remplit de mystères et livre ses secrets :
Lavande, sauge, Crambe maritima (chou marin),
Ache de montagne, persil, santoline,
Marube, fenouil, menthe et rue.
Un rosier, puis un sureau.
Jardin de cercles et menhirs de bois,
Cercles de pierre et protection face à la mer.


L’île est pleine de bruits,
De sons, d’air doux, qui charment, sans blesser,
Parfois, mille instruments vibrent, murmurent
À mes oreilles, d’autres fois des voix,
Quand je m’éveille d’un sommeil profond,
M’y replongent soudain, et dans mon rêve,
Je crois que le Ciel s’ouvre ;
Que ses richesses
Vont se répandre sur moi ; À mon réveil,
J’ai bien souvent pleuré,
Voulant rêver encore…

Gilles Pastor,
Extrait de Tempête à 54°Nord, juin 2008